Une carte bleue très verte

Pour changer un peu, parlons argent. Ce n’est pas une nouvelle, ça date d’environ un an, et ça vient de chez moi, du Costa Rica.

Il s’agit d’une carte bleue, verte.

Depuis fin 2010, l’une des cinq banques d’État, le Banco Nacional, propose à ses clients une carte de débit « verte ». On connaît tous les couleurs traditionnelles : argent, or, platine, black, … Alors, qu’est-ce qu’elle a de si spécial cette carte « verte » ?

Une fiducie. Je ne suis pas spécialement calé en droit, mais le terme « fiducie » semble être adapté. Pour résumer, il y a trois parties :

  • Le détenteur du compte (qui agit en tant que constituant, a priori)
  • Le Fonds pour une biodiversité durable (le fiduciaire)
  • Le bénéficiaire

Le détenteur du compte fait ce qu’il sait faire le mieux : dépenser de l’argent. Après tout, c’est pour ça qu’il a sa carte verte—qu’il a obtenu sans frais supplémentaires auprès de sa banque, soit dit en passant.

La banque s’engage, pour chaque utilisation de la carte, à verser 10% de la commission qu’elle est censé toucher au fiduciaire. En plus, pour chaque colón qui y est versé, le GEF (ou Fonds Global pour l’Environnement) y verse autant—via un prêt de la Banque Mondiale.

OK, il y a un peu plus que trois acteurs. Mais, qu’est-ce qu’on retient ? On a une banque qui est prête à verser 10% de son chiffre (sur une carte bien spécifique) sur un « compte écolo ».

Et qui est le bénéficiaire dans tout ça ? Le Programme national de paiement pour services environnementaux.

Pardon ?

Et oui, en France, on paie les gens pour qu’ils ne travaillent pas—c’est le début d’un film récent à fort succès—au Costa Rica, on paie les gens pour qu’ils préservent l’environnement.

Le Programme national de paiement pour services environnementaux—ou PSA, pour faire court—est géré par le FONAFIFO, le Fonds National de Financement Forestier et sert à rémunérer les propriétaires de terrains boisés et de plantations forestières qui participent activement à la conservation et l’amélioration de l’environnement. Ce même fonds vend aussi d’autres services, d’ailleurs, comme le rachat d’émissions de CO2. Malheureusement, leur site Internet est pourri et racheter des crédits pour compenser votre dernier vol en avion est bien plus compliqué que cela ne devrait l’être. Mon pays et le commerce électronique, ce n’est pas encore ça.

Je ne sais pas vous, mais ma banque me propose toujours des produits, plus inutiles les uns que les autres. Pourquoi ne fait-elle pas un effort semblable à celui-ci ?

Je vous parle ici d’une petite banque du tiers monde, dans un pays de 4,5 millions d’habitants, avec un PIB d’environ $50 milliards, qui cherche à collecter à peine $7,5 millions en cinq ans. Tout ça dans le but de préserver le capital environnemental de son pays un minimum pour compenser les « dépenses » faites ailleurs.

Vous imaginez quel impact ça aurait si une banque d’un pays environ 14 fois plus grand mais avec un PIB environ 400 supérieur essayait de faire de même ?

J’aimerais bien être client d’une banque comme ça, moi.

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